Elle avait dit vrai, rigoureusement vrai, son piano parlait; ce fut notre première conversation d'amour. Mon âme vibre encore à ces chants dont le souvenir l'imprégnera jusqu'au dernier jour de ma vie. J'écoutais en extase, je naissais à une existence nouvelle. Pour moi, la passion est quelque chose de suave et de profond qui pénètre et qui berce. Je ne me suis jamais senti si bien moi-même qu'en écoutant ce langage inarticulé des sons.
Tous les aveux étaient là dedans, tous les serments, et aussi toutes les délicatesses infinies de la gamme d'aimer que la parole ne sut jamais rendre. Je contemplais le profil si pur d'Annette et le rayon de sa prunelle qui allait au ciel. Quand ses doigts s'arrêtaient, elle se retournait vers moi souriante.
«Etes-vous pieux, René? me demanda-t-elle pendant que le dernier accord d'un cantique de Haydn errait encore autour de nous.
—J'adore Dieu en vous,» répondis-je.
Et, comme si ma langue se fût déliée par un charme:
«Je ne suis que vous, ajoutai-je. Il me semble que je n'existais pas avant d'avoir porté à mes lèvres cette coupe qui est notre tendresse. Je n'ai pas le cœur ivre, mais je languis comme si je me mourais étouffé par des parfums. Vous m'entourez, je vous respire, je suis pieux de vous.
—Païen,» me dit-elle en riant.
Mais sa belle bouche était toute pâle.
Et ses doigts, promenés sur les touches, exhalèrent je ne sais quels sons qui renvoyaient du ciel l'écho de mes paroles terrestres.
Elle me dit encore: