Quand? demain.
Il y avait une chose pourtant qui me tenait au cœur: la lettre. Je n'avais garde d'oublier la lettre, à cause des transes qui me serraient la poitrine chaque fois que je passais le seuil de M. Laïs. A ce moment-là, je me promettais sous les serments les plus sacrés d'écrire ma lettre dès le soir même. Je la rédigeais tout entière dans ma tête, quoique j'eusse pu déjà la réciter par cœur.
Mais M. Laïs me donnait une poignée de main et me disait: «Annette est là,» en poursuivant sa ligne commencée. J'entrais dans la chambre d'Annette; le charme m'enveloppait, tout était dit.
Je pense bien que Philippe, toujours tendre et bon, mais absorbé dans sa manie, avait oublié parfaitement qu'il y avait une lettre à écrire. J'étais son frère, puisque les paroles étaient échangées. Cela lui suffisait.
Ce qui m'étonne, c'est que cette situation ait pu durer quinze jours. Je ne parle pas des Laïs, mais bien de mon cousin de Kervigné qui avait des rapports journaliers avec le ministère de la justice. D'un autre côté, c'est à peine si l'on me voyait de temps en temps à l'hôtel. Je n'avais observé aucun des articles du traité de paix signé avec ma cousine. Elle n'était pas du tout ma confidente; je ne lui racontais jamais ni orgies, ni fredaines. J'étais, en vérité, protégé par le hasard, ce dieu qui donne si souvent raison aux insouciants.
Le président, en effet, ne s'occupait pas de moi, et quant à Aurélie, elle avait élevé son Sauvagel à la hauteur d'un personnage.
J'étais libre comme l'air.
Et, pour casser les vitres, il fallut une circonstance fortuite. Si Laroche ne m'avait pas vu entrer chez les Laïs, je ne sais pas quand le dénoûment serait venu.
Laroche dut éprouver ici une joie sans mélange, car il était pour moi un ennemi venimeux et mortel. Il s'informa; il apprit aisément dans le voisinage que je ne quittais presque plus la maison.
J'ai su plus tard par Aurélie qu'il m'accusa formellement, auprès du président, d'avoir accepté les subsides offerts et rempli mon rôle dans cette comédie dont elle m'avait proposé le scénario.