Ce fut un matin, et le lendemain du jour où il avait été décidé chez les Laïs qu'Annette payerait le dédit pour quitter décidément le théâtre, qu'eut lieu la scène que je vais rapporter.
Laroche vint de grand matin dans ma chambre et me pria, de la part de mon cousin, de ne point manquer au second déjeuner. Je descendis chez Aurélie pour savoir de quoi il s'agissait. Aurélie n'était pas dans la confidence; néanmoins, elle prévoyait une catastrophe, à cause de Laroche, qui riait et se frottait les mains en parlant de moi.
«Vous comprenez, chevalier, me dit-elle, moi, je ne sais plus rien de vos affaires. Vous êtes cause que j'ai découvert en notre jeune ami, M. Sauvagel, des qualités que je ne soupçonnais vraiment pas, et j'aurais grand tort de me plaindre. M. de Kervigné s'intéresse beaucoup maintenant à M. Sauvagel. C'est trop juste. Je ne veux pas dire que vous ayez perdu toute mon amitié. Voyons, avez-vous fait quelque sottise un peu trop pommée? Cela peut-il se réparer avec de l'argent? Les jeunes gens qui, au lieu de fréquenter la bonne compagnie, se lancent parmi ces demoiselles des ministères..... enfin, n'importe, ma petite bourse est toujours à votre disposition.»
Je remerciai comme je le devais et j'attendis le déjeuner.
Au déjeuner, mon cousin fut tout particulièrement bienveillant et poli, mais, vers le dessert, il me dit:
«René, vous êtes destitué de votre emploi au ministère. J'ai appris avec surprise que personne ne vous y connaissait.
—Comment! s'écria ma cousine rouge de colère. Il m'avait dit....
—Je vous ai menti, madame, l'interrompis-je.
—Ah!.... ah!.... voilà qui est répondre la bouche ouverte.»
M. de Kervigné reprit: