«Je suis forcé de vous avouer, madame, reprit-il avec un redoublement de douceur, que vous êtes pour beaucoup dans la détermination que j'ai prise à l'égard de notre jeune parent. Il appartient à une famille chrétienne et sévère sur le chapitre des mœurs.
—Est-ce à moi que vous parlez, monsieur! s'écria ma cousine en bondissant sur sa chaise.
—Je vous supplie de m'écouter sans emportement, madame. Je ne pense pas avoir jamais manqué aux convenances à votre égard....
—Et vous avez bien fait, c'est moi qui vous le dis. Les mœurs! les mœurs! Verse-moi un verre d'eau, René mon ami, car il y a des mots qui étouffent, vois-tu!»
Le président repoussa son siége et plia sa serviette paisiblement.
«Si vous m'aviez fait l'honneur de m'écouter sans m'interrompre, dit-il, vous auriez vu que nul ne songe à s'attaquer à vous, et vous n'auriez pas rendu notre jeune parent, aux derniers moments de son séjour dans notre famille, témoin d'excès dont le récit sera peu édifiant aux oreilles de nos cousins de Bretagne.
—Vous pouvez compter, monsieur, dis-je en me levant, que je n'ai rien entendu, sinon le congé que vous me donnez.
—Et que je ne ratifie pas, René, mon enfant chéri, interrompit Aurélie. Il y a quelque chose là-dessous. Je saurai le fin mot! Et si l'on écrit en Bretagne, il y aura deux lettres!
M. de Kervigné était très pâle. Evidemment, les choses ne tournaient point comme il l'aurait souhaité.
«Il y a quelque chose, en effet, là-dessous, madame, reprit-il, faisant un violent effort pour garder son sang-froid, et je vous demande la permission de vous prendre pour juge, puisque, paraît-il, je ne suis plus le maître ici. Notre jeune cousin, non content de négliger l'Ecole et son bureau, passe sa vie, sa vie, entendez-vous, chez une fille appartenant à l'un des théâtres les plus infimes du boulevard......