—Ah bah! fit Aurélie, au hasard de son impitoyable rancune, aurait-il eu l'indiscrétion de s'adresser à son Altesse Présidentissime Mlle Annette Laïs.»

Elle resta effrayée. La joue du président avait des tons verdâtres, et j'étais aussi pâle que lui. Un instant son regard alla de lui à moi, exprimant un certain embarras; et tous les muscles de sa face se détendirent en un audacieux éclat de gaieté. Son rire me blessa et fit lever mon cousin comme si un ressort l'eût lancé hors de son fauteuil.

«Madame! menaça-t-il entre ses dents serrées.

—Monsieur! repartit ma cousine les larmes aux yeux, ne vous fâchez pas, c'est involontaire. Ah! vous me tueriez bien que ce serait tout de même. Ah! le scélérat de chevalier! Ah! cette coupable Annette Laïs! Ah! mon Dieu! c'est une crise, voyez vous, une crise. Je voudrais de l'éther. Chevalier, vous ne m'aviez pas dit cela.»

Et le rire allait, donnant à tout son corps un peu replet des secousses spasmodiques. Et les larmes abondantes creusaient des rigoles dans le badigeon de ses joues.

Je crois que M. de Kervigné l'aurait volontiers poignardée. Mais c'était un gentilhomme à sa manière et presque un grand seigneur. Il fut très beau. Il sonna et dit froidement au domestique qui parut d'apporter le flacon de Mme la vicomtesse.

Aurélie le remercia en une dernière convulsion et fut calmée du coup.

«Voyons, René, me dit-elle avec une impertinente componction, avez-vous eu vraiment le courage de chasser, vous aussi, un pareil gibier?»

J'eus un mot sanglant sur la lèvre, car la colère me montait au cerveau; mais ce fut le président qui répondit:

«Madame, prononça-t-il avec une véritable dignité, j'ignore à quels événements comiques il vous plaît de faire allusion. Moi je ne ris jamais quand il s'agit de l'avenir perdu d'un jeune homme. Je ne veux pas vous demander comment il se fait que vous en sachiez plus long que moi sur des choses et des personnes qui ne sont pas de notre sphère....