—Tu es un rodomont, René! voulut m'interrompre Aurélie.»

Le calme de mon regard lui ferma la bouche. Je poursuivis:

«Vous avez bien fait, dis-je, monsieur de Kervigné, de ne point prononcer le nom de cette personne, car cela me permet de quitter votre maison dignement et sans châtier à mon tour. En faveur de cette réserve, il me plaît de passer sur le malheur de certaines expressions. Nous nous comprenons à demi-mot tous les deux, je le sais, et je devine l'effort qu'ont dû vous coûter vos paroles. Vous ne renouvellerez jamais ces écarts devant moi, monsieur; je vous tiens pour averti; j'aime Mlle Laïs comme un homme de cœur aime une honnête femme; un autre l'avait mise au théâtre; un autre a tenté vainement de la déshonorer: je lui donne mon nom et je fais d'elle ma femme. Adieu, monsieur.»

En finissant, je m'étais rapproché de ma cousine, dont je baisai la main. Elle resta muette. Je me dirigeai vers la porte.

J'entendis le président qui disait:

«C'est de la démence.»

Et la porte opposée se ferma avec bruit.

«Ici! me cria Aurélie comme je passais le seuil.»

Il y avait dans cet appel presque autant de cœur que de brutalité. Il ne m'arrêta point, et j'étais déjà dans le corridor quand ma cousine, forte comme un homme, me saisit par les épaules, me fit tourner sur moi-même et me ramena dans la salle à manger.

Elle m'assit auprès d'elle de force et m'emprisonna les deux mains.