«Ah çà! me dit-elle, ah çà! mais, mais, mais, mais.... Bigre!!!»
Elle avait le sang à la tête; elle avait besoin à la fois de rire et de pleurer. Elle m'embrassa, et, cette fois, ce fut bien un baiser de mère.
«Tu as été superbe, mon chéri, reprit-elle. Quelles têtes nous avons en Bretagne! Ma parole! tu as été de toute beauté! M. de Kervigné me faisait mal. Il avait cru te rouler! Ah! bien oui! Si seulement cette fille était de qualité, ce serait une pièce pour le Théâtre-Français! Ma parole! ma parole! le président a été écrasé! Tu as passé sur lui comme une diligence! Miséricorde! si j'avais le quart de ton flegme, il ne me faudrait pas six semaines pour le rendre fou! Moi je ne trouve pas que tu aies frappé trop fort. Ma foi, non! il fallait bien lui faire un noir ou deux. Avez-vous vu! Entamer cette matière-là devant moi! Tu sais que c'est Laroche, qui t'a joué le tour! J'en suis sûre. Ah! le coquin! il est méchant comme un singe! Il parviendrait à tout, si ce n'était pas un domestique. Dis donc, tu restes, n'est-ce pas? Laroche dira ce qu'il voudra. Moi d'abord, je suis déterminée à faire des barricades pour que tu restes!
—Ma bonne, ma chère petite maman, répondis-je, je le voudrais, à cause de vous, mais c'est impossible.
—Ah çà! répéta-t-elle encore par trois fois, ah çà! ah çà!....
Et son front se rembrunissait à vue d'œil.
«Est-ce qu'il y aurait un mot de vrai dans ce que tu lui as dit? ajouta-t-elle.
—Il n'y a pas un mot qui ne soit vrai, répliquai-je.
—Tu es amoureux?....
—Passionnément.