Je me levai aussitôt; elle me retint en disant:

«Mais restez, mais restez, chevalier. On peut causer autrement qu'en tête-à-tête.»

Il me parut convenable de donner à ma visite la longueur due et je me rassis. Pendant vingt minutes nous jouâmes au jeu fatigant de la conversation parisienne. Je dis fatigant pour un sauvage comme moi, car je sais beaucoup de gens d'esprit qui font de ce jeu leurs délices. M. le baron avait, en causant, le charme d'une Revue du monde élégant, traduite et grasseyée en français du Finistère. Il savait les mots de Grassot. Il était de la force d'un docteur Josaphat, frappé d'innocence foudroyante. Aurélie ne put s'empêcher de me dire:

«Tu serais comme cela, si tu l'avais voulu!»

Inutiles regrets! Occasion perdue ne se retrouve pas! Quand je me levai pour la seconde fois, ma cousine pria Sauvagel de lui passer sa corbeille. Elle y prit un paquet de lettres, réunies par un ruban, et me les remit.

«Si vous êtes encore un mois sans venir me voir, chevalier, me dit-elle, j'ai bien peur que, dans l'intervalle, il n'y ait pour vous du nouveau.

—M. le chevalier a-t-il parcouru sa correspondance? me demanda Laroche, comme je traversais le vestibule.»

Puis il ajouta:

«M. le président sera bien contrarié de ne s'être pas trouvé à la maison.»

Je sortis inquiet, ce qui est beaucoup dire en parlant de moi. Au lieu de suivre mon chemin ordinaire pour regagner la Bastille, je me dirigeai vers le Luxembourg et je franchis la grille du jardin. Je voulais être seul pour lire mes lettres.