Mais la Poule Noire? L'histoire des cailloux de Landevan était pour vous dire que, dans mon pays, on croit encore à beaucoup de choses.

La Poule Noire est une femme, une très vieille femme, car je crois qu'elle existe toujours, malgré la police correctionnelle qui s'acharne à lui faire de la peine. Elle meurt quelquefois, mais le lendemain, sa maison est occupée par une autre Poule Noire toute pareille, et bien des gens pensent que c'est la même. Elle est riche comme un puits. On lui apporte de l'argent en dépôt de vingt lieues à la ronde.

Longtemps avant la bienfaisante institution du Crédit mobilier, elle promettait déjà de merveilleux dividendes qui jamais ne venaient. Elle les promet toujours. Il est évident pour moi que certaines maisons de banque parisiennes ont pillé l'idée de la Poule Noire.

Une fois ou deux, chaque année, son caprice choisit parmi la foule de ses clients un gros gars ou une fille chanceuse pour leur rendre trente fois la somme qu'ils ont prêtée. Cela se répand, sans l'aide de la presse ni du télégraphe, avec une prestigieuse rapidité. De Lorient à Vannes, on va se racontant les uns aux autres cette miraculeuse aubaine, et pendant deux mois, il y a presse autour de la maison de la Poule Noire. On se bat pour déposer.

Ils se mettent deux cents à la Bourse pour faire mousser des actions. La Poule Noire travaille toute seule et sans compère. Il ne faut pas laisser croire à ces messieurs qu'ils sont les plus habiles gibecières de l'univers.

La Poule Noire, outre la banque, fait les mariages, la médecine et toute autre besogne quelconque. Elle guérit la stérilité, chasse les fièvres, défend les jeunes gens contre la conscription, conjure les naufrages et s'oppose aux incendies. Elle a la connaissance du passé, du présent et de l'avenir; elle rend la vue aux aveugles et fait courir les paralytiques. L'ensemble de tous les charlatanismes, éparpillés dans Paris de manière à faire vivre des milliers de coquins, bien ou mal vêtus, se concentre à Landevan sur une seule tête.

Aussi est-ce une tête illustre. La Poule Noire, dans le Morbihan, est beaucoup plus connue que le préfet civil de Vannes et que le préfet maritime de Lorient.

Or, ma bonne tante Renotte était de Landevan. Au premier vent des nouvelles de Paris, elle avait couru chez la Poule Noire chercher les moyens d'arracher son neveu aux griffes de la comédienne schismatique. Libre à vous de sourire et de hausser les épaules avec pitié, mais souvenez-vous qu'à Paris, centre des lumières, une consultation de somnambule traîna récemment une femme innocente devant les tribunaux et plongea toute une famille dans le désespoir.

XXV.
CORRESPONDANCE.

J'étais loin d'en avoir fini avec ma correspondance. La lettre suivante, écrite d'une main lourde et tremblante, me disait: