Il posa ses deux mains sur mes épaules et je le sentis chanceler.

«Sois homme! ajouta-t-il en quelque sorte machinalement. Sois homme!»

Le vertige me monta tout de suite au cerveau. J'eus la pensée furieuse de lui briser le crâne contre la rampe de fer qui était derrière nous. Je sentais, à vrai dire, le coup de poignard qu'il venait de me porter en plein cœur.

«Qu'as-tu fait?....» balbutiai-je d'une voix étranglée.

Il répéta:

«Sois homme! sois homme!»

Je vis que ses yeux étaient rouges et que des larmes roulaient sur sa joue.

Je ne saurais rendre l'angoisse poignante que j'éprouvai. Ce doit être ainsi quand on meurt, ma colère tomba, mon énergie aussi. Il fut obligé de me soutenir à son tour.

Il me porta peut-être, peut-être eus-je la force de marcher. Je n'ai pas souvenir. Je me retrouvai assis sur un des bancs de pierre collés aux arcades qui donnaient au jardin du Palais Royal un aspect de familière hospitalité. Il était tard déjà. De rares promeneurs allaient et venaient dans les allées. Sous les fenêtres des Frères Provençaux, il y avait néanmoins un groupe assez nombreux formé par des badauds qui écoutaient crier nos gens de Vannes.

La première parole de Gérard fut celle-ci: