—Pauvre fille! pauvre fille! murmura Aurélie, qui avait aussi des larmes dans les yeux.

—Et s'il me disait, poursuivit Annette: J'aime mieux mourir avec toi que de vivre sans toi!....

Elle joignait ses chères petites mains tremblantes et regardait son bourreau comme on implore Dieu.

Aurélie s'essuya les yeux. Ah! c'était de bien bon cœur qu'elle pleurait! Mais les larmes d'Aurélie sont de cette espèce toute particulière qui coulent à torrents sous les banquettes d'un théâtre, au cinquième acte d'un mélodrame. Ces larmes viennent aussi du cœur, je le pense, comme la sueur sort de la peau. C'est l'expulsion d'un liquide. J'ai connu une brave dame fort à son aise qui plaidait depuis cinq ans contre sa mère très pauvre, au sujet d'une pension alimentaire, et qui mouillait comme cela tout d'un coup trois mouchoirs à ce moment suprême où le premier rôle ouvre ses robustes bras à l'ingénue, au son de cette musique: «Ma fille! ma mère! Est-ce bien toi! Mon Dieu! merci!»

Elle perdit son procès et interjeta appel.

Aurélie était loin de là. Néanmoins, les larmes ne lui enlevaient jamais tout son sang-froid.

«Il vous dira cela, mon enfant, répondit-elle. Comptez-y bien! Ils disent tous cela! Ah! si vous les connaissiez comme moi! sacrifiée dès l'âge de quinze ans et livrée à un homme qui était déjà presque un vieillard, j'ai éprouvé des peines, dont le récit.... Mais il ne s'agit pas de cela!»

Elle eut la force de ne pas raconter son histoire!

«C'est de vous qu'il s'agit, reprit-elle. Il vous dira cela: c'est le refrain obligé. On me l'a dit vingt fois, et j'ai su garder mon innocence! Ah! il faut de la force dans notre sexe! Il ne faut pas qu'il vous dise cela. Comment l'en empêcher? Je réponds nettement et franchement: vous devez fuir.

—Fuir!... répéta Annette stupéfaite.