«Ne vous fâchez pas, madame, dit Annette avec douceur. Je suis avec vous contre moi-même. J'ai compris une partie de ce que vous m'avez expliqué, surtout ceci: je peux lui faire beaucoup de mal. Je ne veux pas lui faire de mal. Expliquez encore.
—Chère petite! murmura Aurélie, sincèrement touchée. Vous voulez donc que je leur dise à tous: C'est un ange, cette enfant-là! Je ne sais plus où j'en suis, moi... Eh bien, oui, votre voyage. Si vous restiez à Paris, comment empêcher René de vous voir?
—Il ne faut plus qu'il me voie, murmura Annette, c'est juste.»
La présidente lui jeta un regard défiant, tant ceci dépassait les bornes de la résignation vraisemblable. Annette reprit:
«Mon père et mon frère ne consentiront jamais à cela.
—Si vous leur dites....
—Madame, chez nous, chacun sait lire dans le cœur des autres. J'ai montré mon amour. J'aurais beau dire moi-même au père et à Philippe: je ne l'aime plus, ils ne me croiraient pas. Ce sont des exilés, mais ils sont fiers autant que pas un d'entre vous. Je partirai seule.»
Aurélie ouvrit de grands yeux.
«Je partirai seule, répéta Annette, dont la voix devenait paisible et qui essayait de comprimer ses sanglots. Je ne veux pas être entre lui et le bonheur. Oh! non! Je n'ai rien à lui donner. Vous avez dit la vérité, madame: il n'accepterait pas le pain qui se gagne au théâtre. J'en suis sûre. Et en dehors de cela, que puis-je faire? Nous sommes deux pauvres malheureux, nous ne savons qu'aimer. Je n'avais jamais pensé à cela. Dites à son père et à sa mère qu'ils me pardonnent: je n'avais pas la volonté de les offenser.... et à lui.... Oh! à lui, ne lui dites rien, madame. Il saurait bien que vous mentez, si vous lui disiez que je l'ai oublié!»
Elle se leva et fit un pas vers la porte. Aurélie, presque aussi émue qu'elle, lui demanda où elle allait.