«Dieu veuille donc qu'il n'y en ait que deux à mourir, murmura celle-ci d'une voix brisée: le père et moi! ceux-là sont condamnés.»

Elle revint d'un pas ferme vers le milieu de la chambre.

«Vous aviez un projet, dit-elle, un plan arrêté. Tout ceci n'a pas été fait à la légère. La conduite du frère de René prouve qu'on voulait tenter plus d'un moyen de se défaire de moi. Me voici prête à entrer dans vos vues, quelles qu'elles soient, pour lui garder sa famille et son bonheur. Ne craignez pas de parler franchement: j'écoute.

—En vérité, balbutia la présidente qui perdait contenance, je ne m'attendais pas... Nous comptions tout uniment obtenir votre départ et celui de MM. Laïs pour l'étranger.

—Ne songez plus à cela. N'espérez rien que de mon isolement. S'ils étaient ici, je me souviendrais que René m'aime et je vous braverais.

—Un couvent....

—Un couvent soit. J'y pensais. Mais hâtez-vous. Je ne sais plus si je suis folle et si mon réveil sera la raison, ou bien si j'ai ma raison et si je me réveillerai dans la folie, mais je sais que je vais m'éveiller: hâtez-vous!»

Aurélie hésita. Un instant, tout ce qui restait en elle de noblesse et de générosité se révolta. Ce fut court. Elle se dit: C'est une comédienne.

Elle était tout habillée et coiffée. Elle jeta son mantelet sur ses épaules.

«Vous avez deviné juste, prononça-t-elle résolûment. Nos mesures étaient prises. Rien ne devait nous arrêter, sinon la violence matérielle. Ce qui arrive me fend le cœur, mais je jure que c'est la nécessité. Mademoiselle Laïs, je vous estime et je vous aime; si, quelque jour, vous avez besoin de moi....