Cinq minutes après, nous allions à franc étrier sur la route de Versailles.
XXX.
BATAILLE.
«Quoique çâ, y avait du tâbâc! Nâge, bijou! saille de l'avant, blaireau! C'est-il bon el' punje, aussi vrai comme Dieu est not' maître! Les glâces, c'est trop froid! Serre un peu voir le vent, mauvaise bârque! Nâge partout ou gare l'avancement que j'te vas donner, soldat marin de mousse de carcan de girafe!
Ainsi parlait Joson Michais, qui galopait de son mieux à une cinquantaine de pas derrière nous. A la mer, il eût été le premier, sans contredit, mais mon frère Gérard était un cavalier accompli, et moi-même j'avais une grande habitude du cheval. La distance entre Paris et Versailles fut franchie en cinquante minutes. Il m'est arrivé de faire la même route en chemin de fer et plus lentement.
Nous traversâmes Versailles sans nous arrêter. Il était onze heures et demie du soir. En quittant la rue de l'Orangerie pour passer entre l'escalier des géants et la pièce d'eau des Suisses, Gérard me dit:
«S'il était seulement sept heures du matin, je me trouverais ici tout porté.»
Je lui demandai ce qu'il entendait par là. Il me répondit:
«C'est une autre histoire. Je vais te toucher un mot ou deux de cela, dès que nous aurons rattrapé la petite sœur.»
Je lui tendis la main tout en courant pour le remercier d'avoir appelé Annette: la petite sœur.
C'étaient les premiers mots que nous eussions échangés depuis Paris.