Le frater leva sur moi son œil rouge de vin. La foule se mit à dire:

«Il faut saigner! il faut saigner!»

J'ai remarqué qu'un coup de lancette fait toujours plaisir à la foule. Ma cousine criait dans un coin où elle s'était réfugiée:

«Vous voyez! J'ai envoyé chercher le médecin! J'ai fait tout ce que j'ai pu! Ah! quel malheur! Une femme comme moi dans des embarras pareils! Mêlez-vous donc de rendre service! Je suis sûre d'en faire une maladie.»

Il est à croire qu'elle avait perdu la tête, car il n'était pas dans sa nature de penser uniquement à elle-même en face d'un si cruel événement.

Gérard entra en ce moment. Il venait de remettre sur pied Joson Michais, qui avait eu plus de peur que de mal. Aurélie lui dit, comme il passait près d'elle:

«J'ai donné mon flacon. Il faut que ce médecin fasse quelque chose. Me voyez-vous dans la calèche avec une morte? J'aurais déboursé cinquante louis pour avoir Josaphat.»

Gérard fit comme moi, il se mit à genoux, à côté du matelas, mais il fit mieux que moi, car son premier soin fut de prendre ce pauvre bras de marbre pour y chercher le pouls. Aussitôt un tollé général s'éleva. C'est dans les environs de Paris surtout qu'est répandue cette bizarre croyance qu'il ne faut point toucher la victime d'un accident avant l'arrivée de la justice. Les environs de Paris ne forment pas la zone de l'univers. On y lit beaucoup de journaux.

Il y eut un instant où les bonnes gens de Saint Cyr, qui se consultaient à haute et intelligible voix, furent sur le point d'intervenir par la force pour empêcher Gérard de se compromettre. La main de celui-ci avait déjà quitté le pouls d'Annette et interrogeait son cœur.

«Combien d'ici l'Ecole? demanda-t-il sans se retourner vers les assistants.