Il y eut un mouvement auquel je ne participai point. On alla, on vint autour de moi. J'entendis Aurélie qui demandait d'un ton dégagé:
«Eh bien! Minette, comment nous sentons-nous à présent?»
Une main me tâta le pouls. Ce devait être le médecin en chef de l'Ecole.
«Un peu de grimace dans tout cela, n'est-ce pas docteur? lui dit Aurélie. Ne me demandez pas comment je me trouve dans cette bagarre. J'aime à rendre service. Ce Gérard fait de moi ce qu'il veut, et quant à ce mauvais petit sujet de chevalier, nous l'avons eu chez nous, à Paris, vous savez. Le président se plaint de ne plus vous voir.»
Dès que le docteur fut parti, après avoir déclaré qu'il n'y avait aucun danger dans la position d'Annette, Aurélie se fit servir un blanc de poulet et une bouteille de bordeaux. Elle était d'une humeur détestable. Elle maudissait son caractère obligeant, qui l'entraînait sans cesse dans de nouveaux embarras. Le poulet était dur, le vin éventé. Elle défiait l'univers entier de la reprendre jamais à une pareille fête.
Gérard était assis entre Annette, couchée sur le lit, et moi, qui m'étendais sur une vieille bergère. Il tenait nos mains. J'ouvris les yeux parce qu'il disait d'une voix émue:
«Vous êtes bien véritablement ma sœur, maintenant, et je m'engage à réparer le mal que je vous ai fait.»
Mon second regard vit Aurélie qui avait la bouche pleine et qui haussait les épaules.
Ma confiance en Gérard n'était plus entière. Je croyais à la générosité de son premier mouvement, mais j'avais peur de la versatilité qui me semblait être le fond de son caractère. Il se tourna vers moi, et rapprochant ma main de celle d'Annette:
«Je vous marie, ajouta-t-il en riant.