—Grand fou! gronda la présidente.

—Et vous m'aiderez, petite maman!» poursuivit Gérard gaiement.

Il paraît qu'Aurélie avait été aussi la petite maman de Gérard!

Elle devint toute rouge et jeta sa fourchette, qui n'en pouvait plus.

«Ah! par exemple! s'écria-t-elle. Voilà bien mon impertinent traîneur de sabre. Ta petite maman, à toi! Je t'aurais donc eu avec mes dents de lait! J'ai passé vingt-huit ans, c'est vrai, mais je ne veux pas d'un fils colonel. Ta petite maman! mais, en vérité, tu me ferais donner la quarantaine!

—Du tout, ma nièce! lui répondit Gérard qui prit un grand partit. Vous faisiez votre première communion le jour où je sortis de Saumur!»

Elle le regarda avec inquiétude, puis, reprenant sa fourchette, elle d'un dit ton très sérieux:

«N'exagérons rien. J'étais mariée, mais je me suis mariée à quinze ans.

—Si bien que je pus me tromper et prendre votre voile de noces pour celui de votre baptême. Ma tante, il faut que ces enfants là soient heureux. Je ne suis pas méchant, vous savez: mais vous pouvez beaucoup, et si vous n'êtes pas avec nous, je vous déclare une guerre à outrance.»

Elle se leva, écarlate de colère. J'ignore quelles armes mystérieuses mon frère Gérard avait contre elle, mais, en faisant les dix pas qui la séparaient du lit, elle se ravisa. Un sourire à la bourru-bienfaisant joua autour de ses lèvres. Elle embrassa Annette et dit: