«Je ne réponds de rien! Ces vieux Kervigné sont entêtés comme des cailloux. Mais je ne refuse pas de donner un coup d'épaule.

«Ah! s'interrompit-elle en déposant un second baiser sur le front d'Annette, je connais les souffrances du cœur et je sais y compatir.... Mais sont-ils drôles! Ils ne se sont pas dit un mot depuis que les voilà libre de se parler! Seigneur colonel, avez-vous vu des pareils amoureux dans vos voyages? On dirait les jumeaux siamois qui se communiquent leurs pensées par un cordon. Moi, je voudrais les entendre roucouler.»

Gérard me dit tout bas:

«C'est une moitié de marquise et une moitié de vivandière.

—Mais, reprit-elle, ce n'est pas d'à-présent que je m'étonne. J'ai eu le temps de m'étonner depuis Paris! La Minette m'a d'abord suivie roide comme balle et j'ai cru que c'était une affaire finie. Elle n'avait pas même demandé à revoir une dernière fois, comme c'est la coutume, son René ni ses parents. A la barrière de Passy, je l'ai entendue qui pleurait; j'ai fait la sourde oreille: il fallait bien s'attendre à quelques larmes. Au bas d'Auteuil, elle a eu un spasme. Je n'aime pas les spasmes; mais on ne peut pas empêcher cela. D'ailleurs Laroche était sur le siége à côté du cocher. Après les spasmes, je craignais bien quelques cris, des sanglots, une bonne attaque de nerfs. Mais il n'y eut rien, sinon quelques paroles de sa voix dont le son m'effraya comme une chose surnaturelle:

«Dites-lui qu'en mourant, j'ai prononcé son nom. René, mon René, adieu!»

«Elle tomba aussitôt sur moi tout d'une pièce, comme une morte.»

Je collai mes lèvres sur les pauvres doigts d'Annette froids et pâles comme l'albâtre. Elle me sourit doucement, mais si tristement!

Ma cousine reprit:

«Versailles était passé, nous étions en plein champ. Allez donc chercher du secours! Je fis descendre Laroche, qui s'assit entre elle et moi, car j'avais peur. Impossible de la ranimer. De temps en temps Laroche disait: