Je voulus à tout le moins accompagner mon frère, mais il me fit aisément comprendre que ma présence était indispensable ici. Là bas, du reste, il devait trouver tout ce qu'il lui fallait: des témoins et le chirurgien major.

Dans les montagnes d'Ecosse, ils se battent pour tuer. Au lieu d'amener ce meuble incroyable, le chirurgien, on prend une autre précaution qui me paraît bien plus logique: on creuse la fosse d'avance.

A mon sens, cette fatalité seule de la mort peut expliquer le duel.

Pourquoi, chez nous, prennent-ils des épées (je parle des militaires surtout) ces deux-là qui, dans leur âme et conscience n'ont pas le désir de s'exterminer?

Est-ce décidément pour fournir une preuve de leur courage? Notre armée travaille depuis dix siècles à mériter qu'on veuille bien regarder cette preuve comme faite. J'ajoute que la preuve est puérile et ne démontre rien.

L'usage ici vous prend l'homme par les épaules et le mène bon gré, mal gré. Refusez un duel, vous qui portez l'uniforme et vous serez montré en foire comme un mouton à cinq pattes.

On a connu des lâches qui se sont battus une bonne fois pour toutes, afin d'acquérir le droit de ne plus se battre jamais.

Dans la vie civile, on ne peut le nier, le duel a une signification quelconque. C'est un fait grave que de prendre l'épée quand on ne l'a pas pendue au côté. Mais sous l'uniforme c'est voler le canon.

Nous allâmes éveiller Joson Michais qui, tout moulu qu'il était, se déclara prêt à monter à cheval. Quatre heures sonnaient à l'église de Saint-Cyr quand Gérard, déjà en selle, me tendit la main.

«Je ne crois pas à la Poule-Noire, au moins, me dit-il en souriant, mais j'ai froid et j'aurais voulu rester avec vous deux.»