—Je ne comprends pas... commençai-je.

—C'est convenu avec Philippe.

-Qu'est-ce que nous ferons à Etel?

—Et Philippe viendra nous y voir! Allons, Joson! explique à René, puisque l'idée est de toi.»

Joson se recueillit et parla ainsi:

«Il y a donc que vous ne pouvez pas poser ici, dans Paris, puisque l'argousin vous y suit sur vos talons depuis â ce matin et qu'y â du tâbâc, aux quatre aires de vent dans le temps.»

Je regardai autour de moi avec inquiétude.

«Quoique çâ, n'y a pas de danger, à c't'heure, s'interrompit Joson, rapport à ce que nous avons couru des bords, vent devant, à droite, à gauche et partout. J'ai donc dit: l'Angleterre, c'est trop cher y vivre dans le besoin. Il y a Plouharnel, chez nous, d'où je suis natif de père et mère, mais trop connu et sujet à ce que le Vincent Bélébon y vient ribotter de temps en temps avec les bambochardes qui fréquentent les soldats du port Penthièvre. En plus que c'est bien proche de Carnac où est le château de Monsieur et Madame. Ej'ne mens point, Dieu est Dieu! J'ai fait la pêche comme mousse au Magoër, de l'autre bord de la rivière d'Etel. C'est propre et blanc comme un linge. Les ceux de Vannes n'y a pas mis les pieds depuis que le monde dure, rapport à la rivière, et que çâ ne mène nulle part. J'arrive donc au Magoër avec les Castaouët de Paimpol: les Castaouët, c'est vous, sauf respect: des métayers ruinés qui se fait pêcheurs. Ni vu ni connu. Cent francs de maison, cent francs de pommes de terre: çâ fait l'année, et si la pêche donne, nom d'un cœur, faut pas mentir, on la passera douce, à l'abri du danger! Cric, crac! mon père était pas l'évêque. As-tu ton sac? pends ton hamac au clou qu'est dans le mur, ma vieille. C'est dit; n, i, ni, fini: un ris à la grand'voile et va-t'en voir à midi s'il fait nuit dans Paris.»

Tel fut le discours de Joson, qui mit le chapeau de cuir à la main et se tint immobile, dans la position d'un matelot au cabotage, satisfait des talents oratoires que la bonté du ciel lui a prodigués.

XXXIV.
ETEL.