«Ah! murmura-t-elle, c'est toi, ma petite Anna, tu es encore là? Dieu soit loué!

—J'espère bien que j'y serai longtemps ma bonne dame.»

Ma mère lui tendit sa main, qui était froide et mouillée.

«Oh! jusqu'à la fin, reprit-elle avec une grande tristesse. Je ne veux plus changer.»

Comme Annette essuyait son front, où perlaient des gouttelettes de sueur, elle ajouta:

«Toutes les nuits, c'est ainsi. J'ai la fièvre.... une fièvre qui me tue. Je vois toujours les petits qui pleurent et qui me tendent leurs pauvres bras. Je n'ai pas été une seule nuit sans rêver d'eux, depuis le temps. Mais tu ne sais pas, ma fille, tu ne sais pas le deuil qui est dans notre maison.

—Je sais que vous avez bien souffert, madame, dit Annette tout bas, et c'est pour cela que l'idée m'est venue d'entrer chez vous pour vous consoler un petit peu, si je pouvais.»

Ma mère avait de grosses larmes qui coulaient sur ses joues amaigries.

«Tu dois parler vrai, murmura-t-elle, car personne ne voulait plus nous servir. Le digne M. Raffroy t'aura fait pitié en parlant de nous....

—Oh! bonne dame! l'interrompit Annette.