«Saperbleure! murmura le bonhomme, Saperbleure!»
Annette et moi nous vînmes nous agenouiller à ses pieds. Il fronça le sourcil, il tourna la tête, il fit une grimace qui était peut-être très comique, mais dont le souvenir me met des larmes dans les yeux, puis il s'écria:
«Allons! René, garçon, à la soupe! Allume une chandelle et faisons la cotriade.»
La cotriade est aussi célèbre là bas que la bouillabaisse à Marseille. C'est toujours la soupe au poivre et au poisson. Bon appétit, bonne conscience.
L'instant d'après, nous ne formions plus qu'un seul groupe, un seul tas, devrais-je dire, où l'on riait, où l'on pleurait, où l'on s'embrassait.
«Quoique çâ, dit Joson, il y a quinze livres de poisson dans la marmite, faut dire la vérité. Puisque vous vous avez comporté bellement monsié Kervigné, je me refais votre domestique.»
Mon père lui donna un coup de poing qui fit sonner son dos comme un tambour.
«Va bien, pataud! répliqua-t-il. Ton rata va tomber dans mes bottes?»
Tout était dit. Les gendarmes avaient pris le large, M. Laroche et Vincent étaient je ne sais où; mais quand nous nous mîmes à table, l'oncle Bélébon, grand comme un héros d'Homère, sortit de terre et s'assit au milieu de nous, disant:
«Voilà donc les choses arrangées, à la fin! Qu'est-ce que je prêchais? Embrassez-vous, et que ça finisse. Et gai, gai, gai, nous en chanterons de belles, ma nièce. A ta santé, Kervigné, hein? Trois moines passant, trois poires pendant, chacun en prit une... Eh! eh! si quelqu'un y trouve à redire à Vannes, je n'ai pas la langue dans ma poche!»