Je n'avais pas la tête trop loin du bonnet; malgré mon apparence paisible.

«Comment vous nomme-t-on? demandai-je en me redressant.

—Laroche, répondit mon beau drôle, dont la taille sembla diminuer de tout ce qu'avait gagné la mienne.

—Eh bien! Laroche, repris-je, ça, c'est un gars de Bretagne qui vous cassera les os à la première occasion, si vous oubliez la politesse.

—Je ne mens point! approuva Joson; quoique çâ, tout de même, ah! mais dame, oui!»

Laroche s'inclina gravement et me montra la voiture qui stationnait dans la cour même des messageries. Certes, ma tante faisait bien les choses. La voiture était moins splendide que le grand laquais; à Vannes, néanmoins, elle eût passé encore pour un beau carrosse. J'entrai seul dans la caisse; Laroche s'assit auprès du cocher et Joson monta derrière avec la malle.

«Voilà comme il faut se conduire à Paris, me disais-je le long de la route, encore tout ému de ma sortie contre Laroche. Du caractère, morbleu! du caractère!»

Mais la réflexion vint et à moitié chemin, l'idée que Laroche allait faire son rapport à ma tante me donna la chair de poule. Etait-ce en matamore qu'il me fallait entrer dans cette maison hospitalière! Ce nigaud de Joson avait bien besoin de venir augmenter mes embarras!

La nuit tombait quand nous arrivâmes rue du Regard, où la voiture s'arrêta devant un hôtel de fort bonne apparence.

«Porte, s'il vous plaît!» cria Laroche, un des plus sonores barytons-laquais du faubourg Saint Germain.