Joson Michais me fit cette déclaration d'un air modeste, mais résolu. Il était assez coquettement costumé: je m'étonnai de n'avoir point remarqué au départ qu'il avait mis ses braies du dimanche, ses épinglettes de laine et son grand chapeau de Plouharnel. C'était un beau gros Breton, à tout prendre.

«Charge la malle et viens avec moi,» lui dis-je.

Il fit une lourde cabriole et je crois qu'il eut bonne envie d'entonner la chanson des gars de Locminé «qu'ont de la maillette dessous leurs souliers.»

Nous allions partir, et Dieu sait comment nous aurions trouvé notre chemin, car je ne me donne pas pour un jeune homme de ressource, et l'idée ne m'était pas venue de prendre un fiacre, quand un grand laquais en deuil, avec une cocarde noire, large comme un ventilateur d'estaminet, sortit du bureau avec le conducteur qui me montra au doigt. Le grand laquais vint à moi aussitôt et me dit avec noblesse:

«La voiture attend monsieur le chevalier.»

Joson ouvrit des yeux énormes et faillit lâcher notre malle. Le fait est que ce grand laquais noir était de toute beauté.

«Vous êtes à mon cousin le président de Kervigné? demandai-je un peu intimidé.

—A madame la vicomtesse!» répliqua le grand laquais d'un ton de preux qui affirme sa dame.

Puis, regardant Joson de haut en bas, il demanda:

«Qu'est-ce que c'est que çà?»