Notre officier de marine du coupé allait à Paris pour voir le seul prince de la famille royale qui eût à Brest quelque notoriété, non parce qu'il était prince, mais parce qu'il était officier de marine. J'appris ici que les cendres de Napoléon avaient fait beaucoup d'effet à Paris, par la raison que la marine les y avait apportées. En arrivant à Rennes, le mot marine me battait le crâne comme un marteau de couvreur. J'avais encore pourtant deux jours et deux nuits à passer en tête à tête avec la marine.

Le vieux monsieur ronflait, l'heureux mortel. Toute cette marine passait sur lui sans l'offenser. Aux portes d'Alençon, j'avais une migraine furieuse; à Chartres j'aurais voulu me changer en brûlot pour incendier la flotte française.

A Paris, le vieux monsieur s'éveilla, la marine me dit adieu d'un signe de tête protecteur, et je me trouvai seul dans la cour des messageries.

«Quoique çâ, dit derrière moi une voix raboteuse et plaintive, c'est peut-être un coup ed' ma tête que j'ons fait pour sûr et pour vrai.

—Joson Michais m'écriai-je en un premier mouvement de joie.

—C'est il que çâ vous fait du plaisir de me voir, monsié el chevâlier! me demanda le pauvre diable d'un air piteux.

—Que viens-tu faire ici? et où t'es-tu caché tout le long de la route?

—Je ne mens point: dans la diligence. Et j'voulais voir el grand bourg tout de même. Ah! mais dame, oui!

—Et que vas-tu devenir?

—Quoique çâ! Mes chemises sont dans vot'paquet, et j'vas aller d'avec mes chemises.