Nous étions à la barrière de Grenelle, et, sur le poteau même qui soutenait la grille, on avait plaqué l'affiche colossale: Rentrée de Mlle Annette Laïs.

«Elles nous portent envie, peut-être, murmura ma cousine en montrant du doigt ce nom, et combien pourtant sont-elles plus heureuses que nous!

»Avez-vous bien compris, René, ajouta-t-elle, la complète impossibilité où j'étais d'échapper à ce piége?

—Certes, certes, ma cousine, balbutiai-je.

—Si vous n'avez pas bien compris, je vous expliquerai....

—C'est la chute d'un ange,» dis-je au hasard.

Elle attira ma main jusqu'à son cœur.

«Il te ressemblait,» murmura-t-elle.

Puis, de cette voix mélancolique, mais résolue, qui promet tout un second volume, elle poursuivit:

«Je restai plusieurs semaines plongée dans un abattement profond. A cette époque, si M. de Kervigné l'eût voulu, il pouvait me sauver encore, car l'honneur était intact et je n'avais fait que chanceler au bord de l'abîme. Dieu semblait veiller sur moi; le régiment du colonel fut dirigé vers une garnison lointaine. Mais M. de Kervigné ne voulait pas me sauver. Je vivais dans une retraite profonde depuis le départ du colonel. La dignité de ma conduite contrastait par trop avec la vie de mon mari: c'était comme un muet reproche. Il introduisit dans notre intérieur un homme qui se disait son ami et dont le caractère artificieux....»