Coloquinte arma son revolver béni en répliquant:
— Pieuvres mâles et vampires des différentes impasses de Paris!
— Nous venons sauver madame Fandango, ajouta Silvio Pellico.
— Nous venons, répondit Coloquinte, venger Messalina!
Alors, ce fut un choc effroyable, suivi d'une mêlée dont rien ne peut donner une idée, même approximative. L'affaire de l'explosion de la machine infernale n'était qu'un jeu de _baby _auprès de ce plantureux carnage. La bataille, qui avait commencé avec une vingtaine de combattants, se nourrissait incessamment de nouveaux venus. Olinda, la jeune Grecque, dont l'absence a pu être remarquée, était en effet partie avec Mandina et d'autres pour battre le tambour dans les rues et avertir ainsi les Malades du docteur Fandango.
De leur côté, les animaux féroces des impasses, au moyen du tocsin, des feux allumés sur les collines, des décharges d'artillerie et de prospectus avaient rassemblé les innombrables sectateurs du mal.
On accourait, on se pressait, de l'Orient et de l'Occident, du
Midi et du Septentrion.
Paris, en cette nuit fatale, s'était divisé en deux vastes armées. Il ne restait dans les maisons que les paralytiques et les personnes à l'agonie.
Parvenues dans la rue de Sévigné, les deux queues distinctes ne se mêlaient point. Les ennemis de la morale éternelle et de la société montaient par l'échelle de corde, les bonnes consciences gravissaient les marches de l'escalier. Et toujours, et toujours!
On ne peut évaluer à moins de quatre cent mille âmes les membres actifs de ce prodigieux conflit.