Il y avait de quoi!
Au moment où il s'applaudissait d'avoir plongé son poignard dans la poitrine, du docteur Fandango, celui-ci tourna lentement sur lui-même et montra son dos.
Son dos était ma bisaïeule, madame la duchesse de Rudelame- Carthagène, habillée comme le soir du meurtre et portant, depuis la gorge jusqu'à la hauteur des hanches, les quatorze trous produits par la barre de fer rougie au feu et empoisonnée.
La malheureuse était percée comme une poêle à rôtir les marrons de
Lyon.
Et au milieu de cet écumoir[8], sortait la pointe du crick malais que le duc avait planté dans la poitrine du docteur!
Vous sentez bien que je n'ai pas vu cela, j'étais trop jeune, le fait étant arrivé trente-huit ans avant ma naissance, mais je le tiens de la bouche même de Coriolan qui ne saurait proférer un mensonge.
D'ailleurs, il y a une preuve frappante, l'horrible haine de mon bisaïeul contre le docteur Fandango date de là. Il aurait pu lui pardonner une innocente mystification, il ne lui pardonnera jamais d'avoir ressuscité la duchesse.
Car la duchesse vivait.
Vous la verrez par la suite agir comme père et mère.
Si elle parla ce jour-là, M. le duc n'en sut jamais rien, car il se retrouva quelques heures après dans son appartement où il avait été reporté, évanoui, par des mains inconnues. Il ne demanda pas son reste et partit pour les mers polaires où il resta enseveli plusieurs années au sein des glaces éternelles pour laisser étouffer le bruit de son aventure.