J'eus le courage d'ouvrir tour à tour ces vingt-neuf portes pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur. J'y trouvai uniformément, auprès des reclus de l'un et l'autre sexe un pain de munition, une cruche d'eau saumâtre et des noisettes. Seulement, on y ajoutait un casse-noix, quand le captif était d'un grand âge.

Et savez-vous quels étaient les habitants de ces niches? Les fils, les filles, les gendres et les brus de mon bisaïeul: mon père, ma mère que je croyais décédée, mon grand-père, ma grand'mère dont j'avais pleuré le trépas, l'oncle de Mandina, la tante de Mustapha…

Ils étaient enchaînés étroitement. Aucun d'eux ne me reconnut. À l'aide d'une préparation chimique, on leur avait enlevé la mémoire.

Comme je revenais sur mes pas, car j'en avais assez, une voix moqueuse autant que barbare sortit des profondeurs du souterrain. Elle me dit:

— Eh bien! Elvire de Rudelame, refuses-tu encore la position modeste mais honorable de ma compagne assassinée?

Cette voix appartenait à Boulet-Rouge.

J'y répondis par le silence de l'horreur…

Le pénultième jour du neuvième mois qui était avant-hier, ma tombe s'éclaira tout à coup. À sa tête de hibou, je reconnus mon bisaïeul.

Il était accompagné de trois médecins habiles qui m'examinèrent avec attention.

— Cette jeune personne, dît le premier, est dépourvue de toute infirmité. Elle accouchera sous quarante-huit heures.