Les nerfs, déjà fort agacés de la princesse Troïka, n'y tinrent plus, elle choisit ce moment pour s'évanouir.
— Ma tendre mère! fit Coriolan qui se précipita sur elle.
En tout autre moment, Mandina de Hachecor eût donné une attention extrême à cet épisode si dramatique, mais elle n'avait qu'une idée et reprit avec force:
— Chaque minute perdue avance le trépas de la bru de la
Condamnée.
— Mais la voilà, la Condamnée! s'écria Fandango dont la détresse était inouïe. C'est ma mère tout fraîchement retrouvée. Je ne l'avais pas vue depuis vingt-huit ans et neuf mois. Quelle est bien conservée!… ma mère!… ma mère!… elle se meurt!… et là-bas, ma jeune épouse qui espère… à laquelle entendre!… cette situation est trop tendue!… ma mère!… ma femme!… ma femme!… ma mère!… Pitié!… Seigneur!…
Il resta un instant comme abruti, puis, sa vigoureuse nature reprenant le dessus, il prit Troïka dans ses bras et s'élança vers la porte en disant:
— Guide-moi, Mandina de Hachecor, j'ai résolu le problème. Je n'abandonnerai ni ma femme, ni ma mère; je les sauverai toutes deux, ou elles mourront ensemble!
CHAPITRE XII ATROCE BOUCHERIE
Selon notre coutume invariable, nous allons retourner en arrière.
Le lecteur n'a pu oublier les lettres brûlantes, envoyées dans des noisettes à Elvire de Rudelame au temps où elle n'était encore que la recluse de la chambre nuptiale transformée en tombeau. Ces lettres nous ont laissé deviner l'état du coeur de Boulet-Rouge. Il aimait avec la fougue des bêtes féroces et jusqu'au point d'assassiner sa compagne pour convoler avec l'objet de son caprice. Cette circonstance aggravait sensiblement la position d'Elvire et c'en était fait d'elle, sans l'arrivée si brusque du généreux Mustapha.