Quand le coffre fut ouvert, la petite vieille, qui se prétendait pourtant bien pressée, n'atteignit ni sa chemise, ni sa jupe, ni son corsage. Elle resta tout bonnement en contemplation devant ses débris.
Le sang vint abondamment à ses joues pâles; sa courte taille se redressa toute fière et toute vaillante; ses narines se gonflèrent, son regard brilla. C'était là tout son passé, heureux ou malheureux, on le voyait bien; c'était là toute sa vie.
Chaque objet contenu dans le coffre présentait un symbole. Une longue histoire était là en abrégé. Elle commençait au baril rouge et bleu de la vivandière; le berceau la continuait, puis l'épaulette, puis la croix d'honneur, puis le mouchoir qui avait un écusson ducal et de grandes taches de sang, puis le hausse-col percé d'une balle, puis encore l'agrafe de diamants.
—Il y en a fichtrement qui seraient mortes! dit-elle en posant son poing sur sa hanche d'un air fanfaron;—mais je suis en vie et, jour de Dieu! les deux enfants auront du bonheur.
Elle frappa sur le baril, et, continuant:
—Ça a roulé!... il faisait plus chaud qu'à vendre des plaisirs... Quand il fallait porter ça d'un côté, le berceau de l'autre, on en avait assez... Ran, plan, plan, ran, plan, plan!... Et la grosse caisse... et le canon!... Est-il Dieu possible qu'il ait couché là dedans... c'est si petit, et il est si grand!
Nous pouvons affirmer que cet autre pronom il ne se rapportait plus à l'habit bleu.
—Et pourtant, reprit-elle attendrie,—il me semble qu'il est encore là!... Il était beau... je ne sais pas s'il a jamais pleuré... Du plus loin que je me souviens, je vois son cher sourire.
Elle toucha le berceau comme une relique sainte,—puis elle rapprocha le petit oreiller de ses lèvres.
—Oui, oui! s'écria-t-elle avec un mouvement d'exaltation,—les enfants seront heureux!