Elle tira de sa poche quelques francs, fruit de sa recette du jour, et les déposa dans un coin du coffre, où il y avait déjà un petit tas d'argent.

—En attendant, dit-elle,—j'ai suffi à tout par la grâce du bon Dieu... il n'a jamais manqué de rien... Il en sait aussi long que son général... Pourquoi ne l'aimerait-elle pas, puisqu'il est beau comme un ange, et spirituel aussi, personne ne peut dire non, et brave, et bon!...

Un roulement de tambour se fit entendre dans la cour de la caserne de Babylone. La petite bonne femme releva la tête.

—Charge en douze temps! s'écria-t-elle;—je la sauverai, la chère créature, quand le diable y serait! Et je le marierai, lui... eh! mais!... avec une des plus riches héritières de France et de Navarre... En avant, marche!

D'un tour de main, elle prit tout ce dont elle avait besoin dans le coffre et laissa retomber le couvercle avec bruit. Une minute après, elle était en jupon, chantait Fanfan la Tulipe à pleine voix. Au bout d'une autre minute, elle chantait la Marseillaise et achevait de s'habiller.

Elle se regarda dans un petit miroir accroché contre la fenêtre.

—Dire qu'on a été jeune et la plus jolie fille de l'armée française! dit-elle non sans une légère nuance de regret;—ah! bah! il y a si longtemps! je ne sais pas pourquoi je m'en souviens encore.

Elle jeta sur ses cheveux blancs bien peignés un bonnet de mousseline brodée et drapa sur ses épaules un petit châle aux couleurs trop éclatantes.—La Marseillaise était finie; elle avait entonné la Mère Michel.

Écoutez, nous pouvons bien lui passer un peu de turbulence et de coquetterie. C'était une crâne petite bonne femme!

Au moment de partir, elle cessa tout à coup de chanter. Sa physionomie devint sérieuse. Elle appuya sa main contre sa poitrine.