—La pauvre maman Carabosse a un toc! La tête n'y est plus. Avez-vous vu comme elle est fagotée?... Elle a fait crédit pour des pains au beurre au clerc du cintième... et les locataires se plaignent qu'elle cause toute seule dans son grenier.
Les courtisans de la portière, servum pecus, répétèrent en chœur:
—La tête déménage... La pauvre maman Carabosse a un toc!
VII
—La barrière des Paillassons.—
Nous sommes bien aise d'illustrer un peu la plus humble de toutes nos barrières. C'est assurément un des lieux les moins connus qui soient au monde. Elle figure sur les plans de Paris, mais elle n'a jamais été ouverte, et consiste en un seul pavillon d'architecture baroque, enclavé dans le mur d'enceinte et flanqué de deux jardinets humides qui ne réussissent point à l'égayer. Ce pavillon est situé à l'extrémité de l'avenue d'Harcourt, entre les barrières de Sèvres et de l'École: c'est le point de l'enceinte le plus voisin des Invalides. Sans doute, cette raison motiva la construction de la barrière projetée; mais, comme elle se fût ouverte sur des marais complétement déserts, on y renonça.
Presque en face du bâtiment qui porte le nom de barrière des Paillassons, de l'autre côté du boulevard extérieur, débouche la ruelle Saint-Fiacre, maintenant inhabitée. Elle va du boulevard à la rue de l'École.
Tous ceux qui ont fait à Paris leur cours de droit ou de médecine avant 1848, savent que le château de la Savate, tenu par Jean-François Vaterlot, dit Barbedor, était situé dans cette ruelle. Il y avait là un bosquet de marronniers dont l'écorce était lamentablement tatouée de chiffres amoureux, renfermés dans des cœurs. Les marronniers n'existent plus; ils ont emporté dans leur chute des milliers de contrats non authentiques.—Le spéculateur qui les a déracinés nous semble coupable au même titre que le destructeur de la bibliothèque d'Alexandrie.
Le château de la Savate était une grande vilaine masure bâtie en bois, mais qui avait je ne sais quel caractère farouche et mélodramatique.—Barbedor savait des histoires terribles qui s'étaient passées au château sous la Terreur et en d'autres temps.—Je crois que ce château avait été construit expressément lors de la régularisation des octrois pour favoriser une vaste entreprise de contrebande.
Barbedor prétendait qu'il était plus vieux que Paris,—et montrait la chambre où Julien l'Apostat s'était reposé—la veille du jour où ses caporaux lui offrirent le sceptre impérial.