Casseur rentra dans sa cuisine et dit aux marmitons.
—Je vas me faire payer mes quinze jours... La cassine branle.
—Si la police avait voulu me permettre les combats de coqs, pensait Barbedor;—ça amuse les gens de l'autre côté de l'eau... Je vous demande de quoi se mêle la police!... des coqs!... elle mange bien du poulet, la police!... J'ai pensé à faire venir des bas Bretons pour les faire se bûcher à coups de tête... la lutte à main plate dépérit... le chausson s'en va... la canne baisse...—C'est un fait, ça, tout de même, s'interrompit-il en hochant la tête,—je ne suis pas superstitieux, mais n'y a pas à dire: depuis que mon vaurien de neveu Jean Lagard m'a planté là, j'ai la malechance!
Il essaya de rebourrer sa pipe, qui lui brûla les doigts.
—C'est le Clérambault qui est la cause de ça, reprit-il,—et c'te femme... Voilà des années qu'ils me promettent ma fortune... Si mes oreilles s'échauffent une bonne fois...
Il emplit sa choppe et se mit à boire lentement.
—Ah! fit-il,—je ne verrai pas percer ma barrière!
Son front s'inclina sous cette pensée décourageante.
Puis je ne sais quelle lueur passa dans son esprit. Il revit, par le souvenir, ces jours radieux où le château de la Savate était le rendez-vous de la meilleure société. Les assauts faisaient salle comble; il y avait des Anglais qui venaient parier des tas de guinées. Jean Lagard, à la fleur de l'âge, boxait comme Adams; Jean Lagard luttait comme Turc ou Lebœuf, ces athlètes oubliés qui brillèrent d'un si vif éclat; Jean Lagard tirait comme Lozes,—et, pour se reposer, Jean Lagard jouait avec des poids de cinquante livres qui semblaient, entre ses mains, plus légers que des plumes.
Et gai, ce Jean Lagard! et toujours en train! Il aimait à rire, il aimait à boire comme la commère de la chanson. La joie de la maison s'en était allée avec lui.