—Si on écoutait tous vos cancans..., commença-t-il.

Jean Lagard vit la petite bonne femme s'arrêter et se redresser.

—En sommes-nous là? reprit-elle vivement.—On peut être honnête dans tous les métiers, mon cousin Jean-François... le vôtre n'a pas bonne odeur, mais je vois bien que vous en voulez choisir un pire... C'est bon: vous êtes d'âge à vous conduire... cherchez des nièces à madame de Sainte-Croix... prêtez votre logis à ses coquineries...

—Ah! s'écria Barbedor exaspéré,—je ne m'étonne plus si le cousin Roger, votre homme, vous a planté là dans le temps... Nom d'un cœur! j'irais au diable, moi, pour ne plus vous voir ni vous entendre!

La petite bonne femme resta muette un instant. Jean Lagard crut la voir porter la main à ses yeux comme pour essuyer une larme. Ce fut d'une voix ferme, néanmoins, qu'elle repartit:

—Que Dieu pardonne à mon mari comme je lui ai pardonné!... Quant à vous, Jean-François, j'ai cru vous devoir un bon avis; vous l'avez mal reçu, ça vous regarde... Je ne dirai rien à mon filleul, parce qu'il casserait quelque tête et peut-être la vôtre... Adieu!

La petite bonne femme s'en alla.

Jean Lagard était tellement stupéfait, qu'il ne songea même pas à courir après elle.—Que signifiait tout cela? Et comment Justine, sa promise, s'y trouvait-elle mêlée?

Casser des têtes! Jean Lagard n'était pas à cela près.—Mais pourquoi?

Son cerveau travaillait.—Il se demandait surtout, mais bien inutilement, ce que signifiaient ces paroles prononcées avec tant d'amertume: