Et précautionnez-vous d'un garde-vue vert pour n'être point ébloui!

Ce sont des noms radieux et des fortunes incandescentes! Il y a là des occasions qui flamboient.

Princes russes et filles naturelles de souverains, veuves de nababs, mulâtresses possédant tous les diamants du Penjaub!—colonels en disponibilité, inventeurs qui vont retourner, comme une crêpe dans la poêle, la face étonnée du monde,—pairesses du Royaume-Uni, grands d'Espagne de toutes les classes, drogmans de l'ambassade turque, rentières des États du pape, baronnes de la rue neuve Saint-Georges,—Américains (révérence parler), présidents de plusieurs républiques mal connues, reines d'îles désertes, mandarins, caciques et brahmes, dont l'un est nu-propriétaire de la pagode de Jaggernaut.

J'en passe et des plus absurdes. Je mets au défi les craqueurs de génie qui écrivaient jadis pour Odry, d'inventer de pareilles impertinences. Tout est là, tout!

Les livres de M. Garnier de Clérambault étaient bourrés de fariboles semblables,—à cause des relations qu'il avait dans le grand monde.

Le registre qui contenait les noms d'hommes, devant être feuilleté par de jolies mains, était relié en velours; celui qui renfermait la liste féminine étant destiné à passer par des doigts graves et forts, avait une reliure de veau.

Sur la cheminée du parloir se prélassait une pendule représentant le jeune Hymen, fils de Vénus et de Bacchus. L'Amour, son frère utérin, lui présentait le flambeau symbolique. Sur le socle était gravé l'allaitement de Jupiter enfant par la chèvre Amalthée. Tout autour des lambris, on voyait des estampes faites pour inspirer le goût du ménage: Philémon et Baucis, Éponine et Sabinus, Pétus et Arria, Priam et la respectable Hécube, mère de cinquante fils et de cinquante filles,—tous vivants.

Je ne sais pas si jamais M. Garnier de Clérambault avait fait un mariage, mais il avait beaucoup de clients. L'industrie de ces courtiers de félicité est fondée sur toutes sortes de choses, excepté sur la réussite de leurs efforts.

Il paraît cependant qu'on a vu des unions cimentées par les soins de ces travailleurs. La Gazette des Tribunaux met au jour parfois les désastreuses suites de ces unions; donc, elles existent.

Mais qui peut se marier ainsi?—Uniquement les personnes qui ne sont pas mariables.