Et qu'elles se moquent de bon cœur des innocentes qui jouent là-bas à la tour, prends garde! le jeu des nigaudes, qui contient pourtant un excellent symbole.
Dans le monde, la femme est une forteresse qui doit se défendre toujours et toujours prendre garde.
L'escarpolette! voilà pour les vaillantes!—Et les barres! Mais Sophie est de mauvaise foi et Madeleine ne veut jamais être prisonnière. Le chat vaut mieux, le chat coupé surtout. Mais ce qui vaut mieux encore, mieux que n'importe quoi, c'est la corde, la grande corde, parce qu'il y a un cercle autour et qu'on est regardé.
Sans la galerie, qui donc sauterait à la corde?
Petites, moyennes, grandes, vont et viennent, courent et s'arrêtent. Voyez leurs gestes et leurs sourires. Ce sont des femmes. Il y a plus: quoiqu'elles se mêlent sans souci et franchement, un regard observateur distingue aisément parmi elles les castes et les provenances. Les petites du grand monde sont mises plus simplement et mieux; les petites bourgeoises, à part les signes physiques qui trompent quelquefois, sont plus maniérées et respectent leur toilette davantage.—D'ailleurs, il y a les noms qui sont un guide presque certain. Ne demandez pas d'où sortent Irma, Athénaïs, Rosa, Zuléma, Zédelie ou Malvina. Les noms ne mentent jamais.
Celles-ci ne s'amusent pas. Elles sont trois ou quatre autour de la sous-maîtresse, plus triste et plus ennuyée qu'elles. Ce sont les retenues. Qu'ont-elles fait? ou que n'ont-elles pas fait, les paresseuses?—Si elles n'étaient pas là, la sous-maîtresse, pauvre fille, pourrait poser sur un banc ce lourd tome de Rollin, qu'elle fait semblant de lire, et dévorer Ivanhoé, qui est dans sa poche; mais elles l'observent. Elles savent où est Ivanhoé; elles se vengent.
—Maxence! à la ronde! A la ronde, Césarine!
Deux charmantes filles, celles-ci, mais grandes; deux demoiselles de dix sept ans.
—Césarine! veux-tu jouer à la tour?
—Veux-tu courir aux barres, Maxence?