Le gai soleil riait dans le feuillage encore clair. Les rosiers boutonnaient; il y avait des primevères le long du mur. C'était mai, le joli mois des gazons et des fleurs; mai, le mois des jeux et des amours, où les oiseaux chantent, où l'eau tiédit dans le ruisseau sablé d'or pour baigner les petits pieds des fillettes.

L'enfant bondit joyeusement sous cet espiègle soleil de mai, qui donne à la jeune fille une démarche plus languissante. Pourquoi?

La fraise se noue et blanchit déjà au bois; la cerise est verte sur l'arbre; demain, le groseillier va teindre en rouge ses grappes qui pendent à terre. Les marronniers ont leurs aigrettes près de fleurir; l'acacia suspend ses gousses à l'odeur enivrante et trop douce. Pourquoi sautez-vous plus légères, fillettes infatigables, quand vos sœurs aînées cherchent déjà l'ombre et le repos?

Voici les jeux! Blanche a son cerceau, Claire saisit les manches de sa corde.—Amélie et Marie reçoivent et lancent tour à tour, à l'aide de leurs baguettes jumelles, l'anneau bariolé des Grâces.—Dieu me pardonne! il y a là une demi-douzaine de petits anges qui donnent à déjeuner à leurs poupées.—Emma se demande comment on peut se divertir à cela, elle qui, malgré la brise, bâtit son château de cartes sur un banc.

Gare à la ronde qui passe! Élise, Robertine, Valérie et les autres, des démons qui tournent à perdre haleine, et qui promettent de n'aller plus au bois, puisque les lauriers sont coupés.

Qui donc a coupé ces pauvres lauriers de la chanson? Pour tant de lauriers coupés, il y avait donc, en cet heureux pays, bien des têtes de héros ou bien des fronts de poëtes?

Hélas! sont-ce des lauriers qu'on va chercher au bois?

Gare à la ronde! Valérie la brune, Élise la blonde, Robertine, dont les cheveux châtains rebondissent en boucles si belles! Elles sont lancées et courent, suivies par le fretin des poupées vivantes, autour d'Anaïs, immobile au centre du cercle.—Embrassez celle que vous voudrez...

Et qu'on se range pour laisser passer la ronde.

C'est Élise qui chante. Il y a déjà de la prétention dans son accent. Brillant sujet!... Mais que Valérie y va de bon cœur! Et comme Robertine essuie sans façon, du revers de sa main mignonne, les gouttes de sueur qui perlent sous ses grands cheveux!