Pour exprimer cette pensée, mademoiselle Mélite Géran eût fait assurément un discours. Mais elle avait tant de talent.
Elle était là, mademoiselle Mélite, avec sa robe de soie et sa tabatière d'or.
Elle montrait justement à une nouvelle cliente le joyeux spectacle des fillettes entourant la marchande de plaisir.
Mademoiselle Philomène faisait de même. Mélite était sur le perron; Philomène au milieu de la pelouse abandonnée.
Mélite endoctrinait savamment une grosse négociante, épaisse et lourde, qui avait apporté sa fille, chétive enfant de sept ans; Philomène séduisait une svelte baronne qui tenait par la main un beau petit ange coquet, gracieux et mutin.
—Certes, certes, madame, disait Mélite avec sa belle dignité,—j'ai beaucoup entendu parler de la maison Maillard-Coquelin, banque, recouvrements...
—Surtout la commission pour l'exportation, interrompit la négociante.
—J'allais avoir l'honneur de le dire, madame... Notre établissement est tout spécialement monté pour le haut commerce.
—Oh! fit madame Maillard-Coquelin,—notre fille ne sera pas dans le commerce.
—J'entends bien, madame, répliqua Mélite souriant finement—mais noblement;—l'héritière d'une maison comme la vôtre...