Les brillants sujets et les honnêtes femmes qui seront remarquées dans le monde passent-ils ainsi leurs récréations à bavarder amour?

Nous vous le disons parce que nous le savons: aimer, amour, amant, on ne sort pas de là. C'est le thème éternel. Demandez à celles qui brillent aujourd'hui dans le monde et qui, avant-hier encore, habillaient leur poupée, demandez-leur ce qu'elles faisaient hier.

Elles sont franches depuis qu'elles sont libres et reines. L'histoire universelle les occupait peu, la géographie moins, l'arithmétique pas du tout,—le piano...

Mais que d'amour dans cette boîte de palissandre! L'âme éplorée de la romance est là! tous les échos de la poësie idiote murmurent sous ces planches: soupirs du cœur! brises des nuits! guitares vénitiennes! Le piano est de l'amour.

Demandez-leur, elles jouaient à l'amour. Mademoiselle Mélite n'y peut rien, la grande mademoiselle Mélite; mademoiselle Philomène y perd son latin. Ce jouet de la quinzième année, l'amour passe à travers les grilles, saute par-dessus les murs, descend par les tuyaux de cheminée, entre par le trou de la serrure.

Voilà le fait. La conséquence est plus bizarre que le fait lui-même. La conséquence tendrait à prouver que cet amour-poupée qui divertit les pensionnaires est un petit dieu de carton, inoffensif au premier chef.—Mademoiselle Mélite et mademoiselle Philomène nous ont, en effet, affirmé que jamais ces demoiselles, devenues libres, ne gardaient souvenir du héros qui les avait fait rêver en prison.

Si leur destin est de nouer un roman dans le monde, ces demoiselles choisissent toujours un autre héros.

L'amour-poupée fait partie du mobilier de l'institution. Il est d'attache et ne peut pas être emporté.

L'univers est plein de curiosités providentielles qui prouvent l'infinie bonté de Dieu.

Comme Maxence achevait de prononcer ces mots accusateurs: «Puisque tu en aimes un autre,» la musique d'un régiment de ligne jeta quelques accords gaillards, accompagnés d'un coup de grosse caisse et de grincement de cymbales.