Sa pensée tourna. Le vent change souvent dans la cervelle des jeunes filles. Elle prit les deux mains de Maxence et la baisa au front solennellement.

—Je vais t'avouer quelque chose, reprit-elle; tu diras encore que je suis folle... J'ai pensé souvent à cela... Quel bonheur si on pouvait avoir pour belle-mère sa meilleure amie!...

Maxence essaya de sourire, mais elle était affreusement pâle.

Césarine ne vit point cela et poursuivit:

—Comprends-tu?... Toutes deux dans la maison... toi et moi... toutes deux du même âge... toutes deux ardentes à s'aimer...

—Quel enfantillage!... balbutia mademoiselle de Sainte-Croix.

—J'étais sûre que tu te moquerais de moi... Mais, c'est égal, je soutiens que c'est un beau rêve, et j'irai jusqu'au bout, puisque j'ai commencé... Nous nous habillerions de même comme deux sœurs... Nous irions dans le monde ensemble toujours... Tu ne me gronderais pas plus là-bas qu'ici... un peu moins, peut-être... Mon père serait heureux comme un roi, et nous...

—Mais tu n'y songes pas! interrompit Maxence, qui tâchait de sourire, moi, la femme de ton père?

Un observateur, même médiocre, eût deviné bien vite l'effort qu'elle faisait. Mais Césarine était tout entière à son idée.

—Eh bien, s'écria-t-elle, est-ce un trop bas parti, mademoiselle?... M. le comte de Mersanz n'est-il pas assez noble et assez riche pour vous?