Il faut vous dire qu'elle avait fait bonne recette dans le jardin. Elle était contente et de joyeuse humeur.—La musique militaire qui venait de passer lui avait mis de la joie à l'âme.
Elle regrettait bien un peu de n'avoir pas pu sortir pour suivre le régiment au pas accéléré jusqu'au lieu de sa destination, mais il faut faire son état.
Si elle avait su que c'était le régiment du beau lieutenant Vital.—La petite bonne femme aimait ce beau lieutenant comme la prunelle de ses yeux.
Mais elle ne savait pas, et toutes ces petites folles s'arrachaient les coquilles dorées contenant de belles devises, pas fortes sous le rapport de la poésie, mais pleines de sens et donnant toujours d'excellents avis.
—Moi, la première!
—Non, moi, moi, moi!
La petite bonne femme ne savait à laquelle entendre. Les têtes blondes et brunes moutonnaient autour d'elle comme les vagues de la mer. Elles trépignaient, les impatientes, elles se poussaient, elles tendaient leurs deux sous au bout de leurs petits bras allongés.
—Maman Carabosse! bonne maman Carabosse!
Pensez-vous qu'il ne soit pas agréable de s'entendre appeler maman par toutes ces bouches roses qui s'ouvrent en montrant deux rangées de perles? La petite bonne femme en oubliait presque la musique militaire.
—Chacune son tour, mes mignonnes!... Quant à être jolies, les devises, c'est tout premier choix, et n'y en a pas une autre dans Paris qui pourrait vous en donner de pareilles... Voyez la dorure... et c'est de vraies coquilles en bois... on peut mettre ça sur sa cheminée pour ornement... on en apporte de la Chine et d'ailleurs qui ne sont pas si jolies de moitié... Nous disons donc qu'on commence par vous, mademoiselle Victorine: choisissez!