—C'est la fin, reprit-il d'un ton morne et découragé... J'ai eu tout ce que ce misérable amour peut me donner... Il me reste le choix: me faire soldat ou mourir!...

Il se leva. Il était assez calme. Il prit dans une cachette, sous une petite caisse à fleurs, la clef d'une armoire d'attache, qui lui tenait lieu à la fois de secrétaire et de buffet. Dans l'armoire, il prit un morceau de pain dur, un reste de fromage, un paquet de papiers et un pistolet.

—C'est la fin, répéta-t-il; mon histoire n'est pas longue: j'ai vécu comme un sot; je meurs de même.

Il mit sur la table le pistolet, le paquet de papiers, le pain et le fromage.

Pour tout homme d'expérience, il eût été parfaitement évident que cet enfant allait se tuer. Il n'y mettait ni emphase dramatique ni hâte fiévreuse. Il allait se tuer parce qu'il était au bout de son rouleau, comme on dit, parce qu'il entrevoyait, dans un éclair de raison, le profond égarement de sa voie, et parce qu'il n'était pas assez brave pour se retourner brusquement et marcher en sens contraire.

Il avait essayé de lutter, pas longtemps et pas beaucoup. Il avait été vaincu.

Sa résignation n'était que l'excès de la lassitude.

Comme il posait le pistolet sur la table, son regard rencontra la glace, qui était au propriétaire. Ses longs cheveux noirs, frisés le matin même par le coiffeur, encadraient son front pâle et blanc. Il n'y avait sur ce front ni pensée bien haute ni bien virile audace. Mais cette dernière heure a son auréole.

—Là-bas, à Chartres, Anna me trouvait beau, dit-il; Anna est belle... et bonne!... Pourquoi vient-on à Paris?

Éternelle question des vaincus! Anna l'eût aimé, Anna, sa belle petite cousine qui le cherchait, tout enfant, dans les jeux de la maison paternelle.