Mais cette image de Césarine, souriante et radieuse dans sa sérénité fière, passa au-devant de ses yeux. Anna s'enfuit, pauvre souvenir de seize ans...
Il ferma ses paupières qui brûlaient. Césarine était là, son rêve, sa folie.
Où l'avait-il vue? comment cela s'était-il fait?—Il était heureux. Il arrivait de Chartres. Sa mère montrait ses lettres aux voisines, tant elles annonçaient de sagesse. Il parlait de travailler, de parvenir, de tout ce qui donne de l'orgueil aux mères. Il était de bonne foi, cela se voyait.—Sans sortir des bornes du possible, cette pauvre veuve pouvait rêver pour son fils chéri une étude de notaire dans l'avenir.
Or, quelle gloire! Et que de larmes joyeuses pour arroser cette ambition, qu'elle n'osait dire aux voisines jalouses!
C'était par un dimanche d'automne. Seigneur! le beau jour! comme le soleil était brillant dans le ciel profond et pur! Il y avait un mois déjà que le pauvre Léon n'avait vu la campagne. Il sortit de Paris par je ne sais quelle barrière et s'en alla tout seul. Autour de Paris, c'est bien plus laid que Paris lui-même. Ce n'est plus la ville; ce ne sont pas encore les champs. L'ennui monte au cerveau à la vue de ces villas bourgeoises qui semblent autant de gageures gagnées par le mauvais goût contre le sens commun. Léon passa, jetant à droite et à gauche son regard distrait, et se demandant pourquoi les maîtres maçons avaient fait à la capitale des arts une si burlesque ceinture.—Il arriva au Petit-Montrouge, dont il ne savait pas le nom.—Au bout du village, une grille de fer forgé fermait une pelouse derrière laquelle était un bosquet. Au delà du bosquet, il y avait un pavillon.
Tout cela datait de loin. Les arbres étaient magnifiques; la grille élégante et svelte semblait railler ces lourdes barrières de fonte que le commerce retiré et jouant au seigneur plante au-devant de sa petite cour. Le pavillon, harmonieux et simple, n'avait point à son faîte le hideux belvédère en vitres rouges et bleues. Cela datait de loin.
Sur la pelouse, des fillettes jouaient. C'était une pension.
Léon était venu chercher des arbres. Il regarda les grands tilleuls et les marronniers dont les feuilles mourantes se teignaient de pourpre. Comme il regardait, un volant passa au travers de la grille et vint tomber à ses pieds.
Une jeune fille s'élança, toute rose et souriante, donnant ses cheveux blonds au vent de sa course.
—Mon volant, s'il vous plaît, monsieur? dit-elle.