Si vous l'aviez vue! si vous aviez entendu, cette voix.

Elle avait une robe de mousseline blanche à petites raies bleues.—Léon se souvenait de cela.

Il se baissa et faillit tomber en avant comme s'il eût été ivre. Il rendit le volant. On lui sourit et on lui dit merci.

Ce fut tout.—Mon Dieu! que faut-il de plus?—Voilà pourquoi le pauvre Léon devint fou.

Voilà pourquoi il déserta l'étude où était son avenir; voilà pourquoi il ne parla plus guère de travailler ni de parvenir dans ses lettres à sa mère; voilà pourquoi il fit la connaissance de ce tailleur qui habillait un membre du Jockey-Club et des courtiers marrons; voilà pourquoi il loua cet appartement de trois pièces avec terrasse; voilà pourquoi il acheta des fleurs avec l'argent de ses repas, et pourquoi il dépensa son mince revenu à louer des juments de manége.

Le pavillon de Montrouge appartenait à la pension Géran; la jeune fille au volant était notre Césarine.

Léon sut presque tout de suite que Césarine était la fille unique de M. le comte de Mersanz, dont maître Souëf était le notaire, et qui avait huit cent mille livres de rente.

Il prit de la mélancolie, mais il continua de faire à la jeune fille cette cour bizarre et muette qui le ruinait. Jamais il n'avait parlé à Césarine!

Il vint se rasseoir auprès de la table et mangea un petit morceau de pain dur avec un peu de fromage. Il but un verre d'eau.

Quand cela fut fait, il dit avec une sorte de contentement, exempt de toute fanfaronnade: