—J'ai fait mon dernier repas.

Franchement, l'idée de ne pas recommencer un pareil festin n'avait rien d'affligeant.

Il dénoua le paquet de papiers. C'étaient toutes ses lettres à Césarine. Il en lut deux ou trois et pleura une larme. Son pauvre cœur d'enfant faible et fou était là. L'amour vrai parle toujours bien, surtout le jeune amour. Ces lettres eussent fait rire les camarades de Léon Rodelet; pourtant, elles étaient belles. Léon les repoussa loin de lui comme s'il eût craint de céder à la tentation de les relire toutes.

—Je veux que tout soit fini avant la nuit, murmura-t-il.

Il y avait encore un peu d'encre au fond d'une écritoire et une feuille de papier blanc restait. Léon prit sa plume.

Il écrivit:

«Je me suis familiarisé avec vous à force de vous parler. Vous ne m'entendez pas, mais qu'importe? Il y a déjà bien longtemps que je ne vous appelle plus mademoiselle. Aurez-vous un sourire de pitié en me lisant? car, cette fois, vous me lirez.—Vous devez être bonne comme les anges dont vous avez la beauté. Vous me plaindrez peut-être.

»Si j'avais été riche et noble comme vous, Césarine, m'auriez-vous aimé? Moi, j'aurais bien voulu être noble et riche pour vous aimer pauvre, pour vous aimer humble. Ah! si j'avais pu seulement baiser le bout de vos doigts avant de mourir.

»Depuis que je vous connais, voici le premier jour où je suis tranquille. Hier, je vivais encore: c'est-à-dire que je craignais et que j'espérais. Aujourd'hui, je ne crains rien: je vous aime comme je vous aimerai demain dans le ciel.

»J'étais pieux avant de venir à Paris. A cette heure, je voudrais causer avec le bon vieux prêtre qui dirigea mon enfance. Je voudrais lui faire comprendre la nécessité absolue où je suis de quitter la vie et qu'il me consolât comme on console les condamnés à mort. Je m'exprime mal: consoler n'est pas le mot. Je voudrais... et pourquoi ne pas l'avouer? je voudrais lui dire comme vous êtes belle et comme je vous adore.