Léon, qui avait pris une pose attentive, fit un geste d'impatience. Clérambault lui frappa sur l'épaule paternellement.
—Ce n'est pas le cas, je sais bien, dit-il; vous voudriez causer de bergers qui épousent des reines... Mon Dieu! l'un est aussi vraisemblable que l'autre... Dans les cartons de votre honoré patron, maître Souëf (Isidore-Adalbert), avez-vous vu par hasard quelquefois le contrat de mariage de M. le comte Achille de Mersanz.
—Je n'ai jamais fouillé les cartons du patron, répondit Léon;—en outre, ce qui se fait à l'étude reste à l'étude.
—J'entends bien! j'entends bien! La discrétion, diable!... Le notariat est un sacerdoce... J'exerce aussi une profession très-délicate... qui est également un sacerdoce... Et vous me hacheriez menu comme chair à pâté, mon fils, ce qui ne serait pas aisé, vu que je suis un peu dur, avant de me faire trahir un secret gros comme la tête d'une épingle... Je vous parlais de ce contrat tout bonnement à l'occasion des bergères qui ont épousé des rois.
—Madame la comtesse de Mersanz, dit Léon, qui prenait désormais, malgré lui, intérêt à l'entretien,—était, je crois, une demoiselle Béatrice Roger, fille d'un ancien militaire.
—Bien, bien, jeune homme! interrompit sévèrement l'habit bleu;—je ne vous en demande pas tant... mettez vos maximes en pratique et soyez discret, c'est un conseil que je vous donne.
Léon se mit à rire.
—Tout le monde sait cela, dit-il.
—Très-bien... c'est un sujet brûlant, voyez vous... j'exerce une profession... mais je vous l'ai déjà dit...
—Non pas... vous ne m'avez pas dit la profession que vous exercez.