—Et vous désirez le savoir, pas vrai?

—S'il n'y a pas d'indiscrétion...

Clérambault fourra sa main entre deux boutons d'or de son habit, comme c'était son habitude quand il voulait produire un bel effet oratoire; puis il s'exprima en ces termes:

—Mon jeune ami, le mariage est la sauvegarde des sociétés et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, le pilier qui soutient encore l'édifice ébranlé de la famille. En conséquence, plus il y a de mariages, plus il y a de piliers et plus, par suite, se consolide et s'étaye le monument social menacé de ruine... Il s'est rencontré, dans ces derniers temps, un homme jeune encore, ou du moins bien conservé, jouissant d'une position honorable, franc-maçon, membre de la société philanthropico-magnétologique, ancien officier supérieur, décoré de plusieurs ordres étrangers; il s'est, dis-je, rencontré un homme qui a consacré à la construction de ces colonnes symboliques sa force, son intelligence, sa vie tout entière...

—Vous êtes...? commença Léon.

Mais M. Garnier de Clérambault l'arrêta d'un geste et poursuivit:

—Par son âge, fait pour inspirer la confiance, par sa position de fortune indépendante, par son caractère impartial qui le met à l'abri des entraînements politiques, par les relations qu'il a dans la haute société, cet homme est à même de rendre d'immenses services. Il a su se créer une clientèle imposante par la seule puissance de ses ressources personnelles. Il est le seul qui puisse offrir aux amateurs des dots graduées, depuis trois cents francs jusqu'à sept millions et demi...

Léon salua.

—En un mot, vous faites des mariages, dit-il.

—Voilà, mon biribi, répliqua M. Garnier de Clérambault retombant tout à coup des hauteurs de son prospectus au niveau vulgaire du sol.