Jean Lagard ferma ses deux poings.—Vital chancela comme s'il eût reçu un coup en pleine poitrine.
—Ma sœur! répéta-t-il;—j'ai donc une sœur!...
Sa tête se courba; il ajouta les larmes aux yeux:
—J'avais une sœur... je ne la verrai que morte!
Il prenait au pied de la lettre les paroles de la petite bonne femme. Nulle expression ne saurait dire le chemin prodigieux que fait la pensée en ces moments suprêmes. Il faudrait des volumes pour analyser le monde d'idées que peut enfanter un cerveau humain dans l'espace de quelques secondes.
Vital ne savait rien de sa famille, et les soins mêmes que sa mère mettait à l'isoler d'elle exagéraient l'opinion qu'il pouvait avoir de l'humilité de sa naissance. Il aimait et respectait sa mère: chaque fois que sa raison avait fait effort pour deviner le vrai de sa situation de famille, son cœur avait prononcé une sorte de veto dont la source était dans sa piété filiale. En cherchant, il craignait de trouver quelque chose qui fût contre sa mère.
Puis sa tendresse se révoltait contre cette crainte. N'était-ce pas là une insulte tacite et un manque de confiance?
Vital se débattait depuis son enfance au milieu de ces contradictions insolubles. Il n'interrogeait jamais sa mère. Leurs entrevues, rares et trop courtes, n'étaient pleines que de caresses.
C'était la première fois qu'il entendait parler de sa sœur.
Que pouvait être cette sœur dont on lui disait: «Elle vient d'être tuée par un homme?»