Je vous le dis: ce fut un monde entier de suppositions terribles et navrantes. Cette sœur, dont on lui avait caché jusqu'alors l'existence, ne pouvait être qu'une honte vivante pour son nom. Il était homme, lui; son sexe l'avait aidé à sortir de ces bas-fonds où se perdait son origine.—Mais une femme! une jeune fille!...

Une chose lui donna le frisson jusqu'aux fibres les mieux abritées du cœur. Si bas placée que fût sa mère dans l'échelle sociale, il avait reçu beaucoup d'elle. Souvent il s'était étonné de ses générosités inépuisables. Elle lui disait toujours: «Ça me donne de la chance de travailler pour toi, enfant chéri; grâce à Dieu, je gagne gros dans mon petit métier.»

Vital se dit en ce moment, au fond de son âme bourrelée:

—Si tout cet argent venait de ma sœur!...

A la façon dont il l'entendait, ce soupçon était une torture.

Et ne l'accusez pas. L'homme entouré de mystères croit à tout. D'ailleurs, l'esprit n'est point complice de ce travail acharné qui s'opère en dehors de la volonté. C'est l'œuvre de la fièvre.

S'il fallait une preuve, nous dirions que Vital, en dépit de ce laborieux combat qui se livrait en lui malgré lui-même, sentait naître et grandir dans son cœur une tendresse ardente pour cette sœur inconnue.

—Oh! se disait-il,—comme je l'aurais aimée!

La petite bonne femme avait sur lui ses yeux noirs brillants comme des escarboucles. Nous ne pouvons affirmer qu'elle eût deviné en détail et à la lettre les méditations complexes du beau lieutenant. Nous n'affirmerions pas le contraire non plus: c'était la dernière fée.

La première parole qu'elle prononça donnera peut-être au lecteur la mesure de sa science physiognomonique.